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Quel
est votre travail par rapport à cette catastrophe naturelle?
J'ai
des collègues qui travaillent sur cette catastrophe, mais pas moi. Ils
font comme d'habitude, notre organisme a des réseaux de
surveillance du littoral pour étudier son état, ce travail est fait
tout le temps, lorsqu’il est constaté quelque chose
d’inhabituel on fait les prélèvements et on les
envoie au laboratoire spécialisé pour les analyses du pétrole.
Est-ce
que ce travail est difficile à assumer et pourquoi?
On
est très choqué par ce qui vient de se passer car la mer est notre
milieu habituel de travail et il est évident que quand on voit une
telle catastrophe, tout le monde est choqué, c'est déjà la première
difficulté, en plus on ne sait pas très bien quelle va être la suite,
quelles vont être les conséquences de cette marée noire. Nous, nous
faisons notre travail habituel. On a déjà eu cela il y a
longtemps avec la catastrophe de l'Amoco Cadiz en Bretagne Nord..
D’après
vous, il faudra combien d'années pour que le littoral français
redevienne comme avant?
Alors
là il y a deux choses différentes. Habituellement quand il y a une énorme
modification du milieu marin (cela peut être à la suite d'une
pollution, de travaux : barrage sur un estuaire, etc.), on compte qu'à
partir du moment où la modification du milieu a cessé d'évoluer,
l'accident est terminé. Aujourd’hui vous avez eu 11000 tonnes de pétrole
déversées en mer, si on n'en rajoute pas d'autres, ces 11000 tonnes étant
sur le littoral, on entre dans le temps qui s'écoule après l'accident.
Mais cela ne veut pas dire que le pétrole a disparu, il peut être
sous le sable, sous la vase. On se demande
si au bout de 10 ans on va retrouver les populations d'oiseaux
qu'il y avait avant. Alors, la deuxième chose que je voulais vous dire
c'est que quand il y a une marée noire, il y a quelque chose de
particulier c'est qu’en
fait cette marée noire est toujours la première. Je veux dire
que toute les marées noires qu'il y a eues sont différentes : ce
n’est pas le même pétrole, ce ne sont
pas les mêmes conditions atmosphériques, ce n’est pas le même
vent, ce ne sont pas les mêmes marées, ce ne sont
pas les mêmes températures, etc.
et ce n’est pas le même endroit, une fois en Bretagne Nord,
une autre en Bretagne Sud,
au Canada, etc. Il y a eu
des tas d'accidents et ce n'est jamais deux fois le même accident, on a
beaucoup de mal à partir d’expériences connues.
Faites-vous appel à des professionnels du nettoyage?
Non,
on ne s’occupe pas du tout de cela, nous sommes un organisme
scientifique, le nettoyage c'est l'affaire des communes,
la marine nationale y apporte son concours, nous ne
nous occupons pas du tout de nettoyer.
Que
va devenir le pétrole ramassé sur les plages ?
J'aimerais
bien le savoir car on s'est retrouvé avec le
naufrage de l'Erika avec beaucoup de pétrole, onze ou douze mille
tonnes de pétrole à la dérive. Mais quand on le ramasse, on le
ramasse avec du sable, on le ramasse avec des oiseaux morts, on le
ramasse avec un tas de choses et en plus il est mélangé avec de l'eau,
ce qui en fait une espèce d'émulsion, au lieu de onze mille tonnes, on
en a plus de cent mille ! Ce n'est pas que du pétrole mais
il est mélangé avec tellement de choses qu'on ne peut pas séparer.
Ce n'est pas de la place pour onze mille tonnes qu'il faut mais
pour cent mille. Et quand on a voulu mettre le pétrole de l'Erika dans
de gros réservoirs de stockage, on s'est aperçu que ces réservoirs étaient
encore occupés par le pétrole de l'Amoco Cadiz en 1978. Cela veut dire
qu'il y a 22 ans que ce pétrole est là et nous nous
"réveillons" seulement aujourd’hui, au moment
du naufrage de l'Erika.
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