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Avis
n°2
: A.
L. E. R. T. (10février
2000)
Annie Thébaud-Mony
Association pour l'étude
des Risques du Travail
49 rue Mirabeau 75 016 Paris
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Oui, la
marée noire est cancérogène
Force est
de constater, près de deux mois après le naufrage, que la confusion
est toujours entretenue sur la toxicité des produits pétroliers relâchés
sur les côtes bretonnes et vendéennes.
Il s'agit d'évidence de résidus de distillation de pétrole,
c'est-à-dire de la fraction pétrolière contenant les composés de
plus haut poids moléculaire. Il
est secondaire de savoir s'il s'agissait d'une distillation à l'air ou
d'une distillation sous vide, tout comme il est secondaire de savoir si
le "résidu" en cause était valorisable ou non, c'est-à-dire
s'il était vendu par Total-Fina ou si la centrale italienne à qui il
était destiné se faisait payer pour le détruire.
Ce dont nous sommes
certains, c'est que ce produit contient en quantité non négligeable au
moins deux familles de composés dont plusieurs membres sont des cancérogènes
connus, pour ne pas dire les plus anciennes molécules connues comme
cancérogènes... ne serait-ce que dans les cigarettes.
Il s'agit en
particulier de la famille des hydrocarbures polycycliques aromatiques
incluant une quinzaine de produits classés comme cancérogènes, comme
le benzo(a)pyrène et le benzo(a)anthracène.
Les analyses de la
cargaison de l'Erika ont été faites à l'Institut Français du Pétrole.
Elles n'ont jamais été rendues publiques, probablement pour ne
pas attirer l'attention sur le fait que les deux molécules citées
ci-dessus - pour ne prendre qu'elles - sont présentes à des taux de
l'ordre de 40mg par Kg de produit, soit pour le benzo(a)pyrène, par
exemple, l'équivalent du contenu de la fumée d'environ un million de
cigarettes.
Il existe trois voies
de pénétration dans l'organisme humain : l'inhalation, l'ingestion et
le passage transcutané. Compte
tenu du caractère très peu volatil de ces molécules, c'est ce dernier
mode de pénétration dans l'organisme - à travers la peau - à propos
duquel il aurait été nécessaire d' édicter de strictes mesures de prévention
et des mises en garde.
Les principaux risques
de cancer concernent la peau, la vessie et les poumons les pathologies
en cause ne pouvant apparaître (si elles doivent se manifester) que 10
à 25 ans après l'exposition. Le
premier de ces cancers est d’ailleurs reconnu comme maladie
professionnelle par les tableaux 16bis et 36bis, les deux autres par le
tableau 16bis. Pour les
deux tableaux cités (16bis et 36bis), les molécules à l'origine des
cas de cancers professionnels sont celles que l'on trouve en quantité
importante dans la cargaison de l'Erika.
En matière de prévention,
il aurait fallu mettre en oeuvre une information précise sur les
risques encourus, une mise à l'écart de toute personne présentant des
lésions cutanées, la fourniture d'équipements totalement étanches au
niveau des bras et des jambes, etc.... A notre connaissance, ces mesures
n'ont été que très partiellement appliquées et sans que soit fournie
l'information indispensable pour que les bénévoles et les salariés évitent
soigneusement tout contact entre le produit et la peau.
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(extrait
d'un communiqué de presse du 10/2/00)
Pour obtenir le
communiqué dans sa totalité, nous
écrire)
Contacter :
Annie Thébaud-Mony
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