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IFREMER NANTES
Erika : brève
rétrospective
Décembre
Le
naufrage
Le
12 décembre au matin le pétrolier maltais Erika, chargé de 30 000
tonnes de fuel n° 2, appartenant à TotalFina, s’est cassé en deux
dans les eaux internationales, au large de Penmarch (pointe Sud du
Finistère), pendant l’hélitreuillage de son équipage, qui a été
entièrement sauvé. Le plan POLMAR-mer est déclenché le soir même de
la catastrophe. Le coordinateur en est le Préfet Maritime d'Atlantique
basé à Brest. Il est assisté d'organismes comme le CEDRE, METEO
FRANCE, IFREMER… et bien entendu les Douanes et la Marine Nationale.
De
quel pétrole s'agit-il?
Alerté
par la Préfecture Maritime, le Cedre (Centre Européen de Documentation
et de Recherche pour la lutte contre les pollutions accidentelles)
demande à TotalFina la fiche du produit. Il constate que le pétrole
est lourd, d’une densité très proche de celle de l’eau et très
visqueux . Il est donc impossible de le disperser chimiquement. Le Cedre
reçoit 100 litres du pétrole de l'ERIKA pour faire des tests d'évolution
dans son polludrome et constate que le fuel reste flottant et se
fragmente peu formant une émulsion à 30 % d'eau le premier jour et à
50% le deuxième jour.
La
dérive des nappes et les premières opérations de pompage
Les
premières observations de la Marine Nationale et des Douanes indiquent
une nappe de 15 km de long, estimée à environ 3 000 tonnes. La partie
avant du navire coule dans la nuit du naufrage et la partie arrière
coule à 14h50 le lendemain, en cours de remorquage. Puis, plusieurs
nappes de fuel sont repérées, se déplaçant vers l’est à une
vitesse de 1,2 noeuds. Les jours suivants
la mer est très forte et disperse les nappes. Mélangé à
l'eau, le pétrole se solidifie formant d'innombrables petites boulettes
noires. Par une mer très formée, le bâtiment de la Marine Nationale
Ailette tente une mise en œuvre du récupérateur Transrec puis du récupérateur
Foilex, sans succès. Quatre autres navires, Alcyon (France), British
Shield (Royaume-Uni), Neuwerk (Allemagne) et Arca (Pays-Bas) se
mobilisent mais les conditions de mer les empêchent de mener à bien
des opérations de pompage. Lorsque la mer se calme, ils tentent un début
de récupération qui confirme la faisabilité de l’opération.
TotalFina met un bitumier à la disposition de la Marine pour récupérer
le produit qui sera stocké en Charente-Maritime et Vendée. Le volume
total récupéré en mer est porté à 1100 tonnes avant l’arrêt des
opérations par les navires qui se mettent à l’abri avant l'arrivée
du mauvais temps. A la fin du mois un
faible suintement d’hydrocarbures sortant
de l’épave est confirmé. Le navire Abeille Supporter quitte
Lorient pour une campagne d’inspection de l’épave par le robot
sous-marin Abyssub
Les
prévisions de Météo France et les premiers arrivages de pétrole sur
la côte
Les
premières prévisions de Météo France donnent une dérive vers l’est-sud-est,
sans arrivée à terre dans les 5 jours. Deux jours après,
il situe le front de pollution à 60 milles à l’ouest de l’île
d’Yeu sous 5 jours. METEO France soutient tout d'abord que les nappes
ne devraient pas toucher le littoral. Puis il prévoit un impact sur l'île
d'Yeu dans la nuit du 24 au 25 décembre. Ces prévisions poussent les
préfets à déclencher les plans Polmar-terre en Charente-Maritime et
en Vendée, le 22 décembre
et quatre jour après en Loire Atlantique. En fait les premiers
arrivages de pétrole seront constatés sur les plages de la Torche et
du Guilvinec le 23 décembre, ce qui déclenche immédiatement le plan
Polmar-terre dans le Finistère. Puis c'est toute la côte du Morbihan
et plus particulièrement Groix et Belle Île, qui est touchée.
Cependant le 30 décembre, le gros de la pollution atteint la
Loire-Atlantique, entre Piriac-sur-Mer, La Turballe, la Baule,
Saint-Nazaire et le Sud Loire jusqu’à Saint Brévin. Des nappes dérivantes
menacent la baie de Bourgneuf. La pêche à pied de loisir de tous les
coquillages et crustacés est interdite sur tout le littoral de Bretagne
sud. Les premiers parcs conchylicoles sont fermés. Il s'agit d'une
mesure préventive en attendant les résultats des analyses.
Nettoyage
des plages et stockage des déchets
Au
début janvier, la lutte sur le littoral continue dans le Finistère, se
renforce dans le Morbihan et se développe en Loire-Atlantique. Des
milliers de bénévoles, des sapeurs-pompiers, des militaires et du
personnel de la protection civile sont engagés pour nettoyer les plages
et les rochers souillés. Malgré les conditions de travail difficiles,
puisque le vent souffle à plus de 100 km/h, les bennes de stockage sont
vite saturées. TotalFina ouvre un centre capable de recevoir 20 000 m3
de déchets pollués à la raffinerie de Donges mais des centaines de
tonnes de déchets sont entassées sur les bords des routes et des
parkings en attendant des moyens de transport.
Le total des déchets récupérés à
la fin du mois de décembre est estimé à environ 20 000 m3. Ils
proviennent en majorité de Loire-Atlantique.
Colère
et incompréhension
Ces
20 premiers jours de la lutte contre la marée noire de l’Erika
s’achèvent dans la colère, la chasse aux coupables et l’amertume.
Colère des populations du littoral et du public, qui ne comprennent pas
que l’on doive encore sortir les cirés, les pelles et les seaux, 20
ans après l’Amoco Cadiz. Chasse aux coupables de la part des médias
qui, attendant la pollution à l’Ile d’Yeu, cherchent des cibles et
accusent le gouvernement de mauvaise gestion, l’organisation Polmar
d’insuffisances, TotalFina d’inconscience, le Cedre de
sous-estimation de la pollution. Amertume de ceux qui ont consacré
toute leur énergie à la marée noire depuis le premier jour. Tous les
progrès et les efforts de la lutte en mer, de la surveillance et de la
prévision de dérive des nappes, de la mise en place des plans
Polmar-terre et des moyens correspondants sont occultés par une vision
lapidaire des médias et des internautes selon lesquels " rien
n’a changé depuis l’Amoco Cadiz " (extrait
du journal du Cedre).
Mais
que fait Ifremer pendant ce temps là?
Dans
un premier temps le préfet maritime de Brest ne sollicite pas Ifremer.
Cependant IFREMER, à la demande des collectivités locales de Vendée
et Loire Atlantique, décide de faire un point "0". IFREMER va
donc mesurer le taux de contamination par les Hydrocarbures
Aromatiques Polycycliques dans les coquillages avant l'arrivée
des nappes sur les côtes. Ceci lui est d'autant plus facile qu'il gère
depuis plusieurs années déjà 3 réseaux de surveillance de l'état de
l'environnement littoral, dont le RNO, Réseau National d'Observation.
Le RNO mesure les contaminations chimiques à partir d'échantillons de
coquillages et d'eau prélevés plus spécifiquement dans des zones
conchylicoles. Ce point "0" est très important.
Il doit permettre de connaître la différence de contamination
avant et après l'arrivée des nappes sur les côtes. Ces mesures
pourront être utilisées en cas de litiges lorsque le FIPOL indemnisera
les professionnels de la mer ayant subi des dommages dus à la
pollution.
Janvier
Il
faut attendre les résultats d'analyse…
Après
l'arrivée des premières nappes sur
les côtes, l'IFREMER renforce son Réseau National d'Observation en
augmentant ses points de prélèvements de coquillages. 84 points de prélèvement
sont déterminés entre Penmarc'h et la Baie de l'Aiguillon + l'île de
Ré. Les coquillages prélevés sont tout d'abord entreposés en
chambres froides en attendant de connaître la composition du pétrole
de l'Erika qui doit être communiquée par l'IFP et surtout le seuil
au dessus duquel la contamination est considérée comme néfaste
pour la santé humaine. Ce seuil doit être communiqué par l'ASSFA.
On
ferme des concessions et on commence à parler d'indemnisations
Le
4 janvier une première réunion de l’Agence Française de Sécurité
Sanitaire des Aliments (AFSSA) recommande l’interdiction de la pêche
à pied dans les zones affectées et la fermeture de la mise en marché
de coquillages d’élevage prélevés après l’arrivée de la
contamination. Le 13, l’AFSSA identifie les molécules à risque à
rechercher et l’IFREMER propose des critères de fermeture de
l’activité conchylicole, qui touchent les 4/5èmes des concessions de
Loire-Atlantique et le 1/5ème de celles de Vendée. Le 12, l’assureur
du navire et le FIPOL ouvrent un bureau conjoint d’indemnisation à
Lorient. Le 16, le ministère de l’aménagement du territoire et de
l’environnement crée un observatoire environnemental de la pollution
de l’Erika. Le principal impact environnemental quantifié fin janvier
touche les oiseaux de mer, avec un peu plus de 60 000 oiseaux souillés
ramassés morts ou vivants.
Février
La
lutte s'organise
Les
arrivées régulières de boulettes dans le Finistère, le Morbihan, la
Loire Atlantique et la Vendée imposent de maintenir de nombreux
chantiers de nettoyage qui sont gênés par l'arrivée de centaines de
tonnes d'algues faiblement polluées sur la côte. L’utilisation de
cribleuses de plage s’est fortement accrue durant le mois pour la récupération
de boulettes de polluant enfouies jusqu’à 25-30 cm dans les plages.
La situation des stockages de déchets à cette date est de 56 400
tonnes à Donges, 17 900 tonnes à Paimbeuf, 30 000 tonnes à Arceau et
11 700 tonnes dans les stockages intermédiaires avec des
arrivées continuant sur un rythme d’une cinquantaine de
camions par jour.
Les
paludiers s'en mêlent
La
pollution de l’Erika a soulevé un problème encore jamais rencontré,
celui d’une saliculture livrant un produit de terroir, à Guérande et
Noirmoutier. Cela pose la question de la qualité d’eau acceptable
pour l’alimentation des bassins à partir d’avril, condition pour
une récolte cette année. Après constitution d’un comité
scientifique le 4 février, des représentants des professionnels, des
préfectures, de l’Ifremer, du Cedre, des DDASS, de l’Université de
Nantes et de l’ITOPF travaillent tout le mois à concevoir une
campagne de suivi et des critères de décision acceptables par tous, en
l’absence d’une norme et de références antérieures.
Mars - avril
Les
pouvoirs publics minimisent les conséquences de la marée noire : réactions
Devant
l'inertie des pouvoirs publics et surtout du ministère de
l'Environnement, des collectifs anti-marée noire se créent, notamment
celui de Saint Nazaire, de la Presqu'ile et du Pays de Retz. Les autorités
locales, elles aussi, ont tendance à minimiser l'étendue des dégâts
de peur de subir une désaffection des touristes dans leur région.
Alors qu'un laboratoire privé prétend que le pétrole de l'Erika est
un résidu de raffinage toxique hautement cancérigène, la DDASS, la
Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales, affirme
que les analyses n'ont pas détecté la présence d'hydrocarbures
volatils sur les plages souillées. Finalement La Préfecture de Loire
Atlantique confirme qu'il s'agit bien d'un fuel lourd utilisé pour la
combustion dans les centrales thermiques et les cimenteries et qu'il
faut respecter les consignes de protection des plans polmar-terre. De
leur côté les collectifs anti-marée noire exigent que soit appliqué
le principe du pollueur-payeur. Ils proposent aussi d'interdire les pétroliers
sans double coque et de mettre en place une police de mer sur le modèle
des gardes côtes américains. Dans le même temps les médias révèlent
que des cuves de stockage sont encore pleines du pétrole de l'Amoco
Cadiz, et les conchyliculteurs expriment leur "ras le bol" des
belles paroles alors que dans la réalité les indemnités du FIPOL
(Fonds d'Indemnisation des Pollutions Marines) ne suivent pas.
La
guerre des paludiers
Le
conflit oppose le syndicat des paludiers indépendants et le groupement
des producteur de sel de Pradel (coopé). Les premiers souhaitent
pouvoir faire rentrer de l'eau de mer dans les marais salants bien que
le niveau de pollution, 200 ng par litre, soit nettement supérieur à
celui constaté avant la marée noire, 15ng. Le second, qui a une réserve
de sel suffisante, préfère attendre que le niveau de contamination
soit redescendu au niveau initial. Le taux de contamination actuel est
en dessous du seuil de risque sanitaire mais les paludiers de la "coopé"
qui ont un label à défendre, entendent conserver au sel de Guérande
l'image d'un produit "sain". Le 15 avril un arrêté préfectoral
interdit l'entrée de l'eau dans les marais salants, leur exploitation
est interdite.
Mai - juin
Protestations
et poursuites en justice
Dès
le 15 décembre le capitaine de l'Erika, l'indien Karun Mathur avait été
mis en examen et relâché quelques semaines plus tard. Cinq mois après
deux italiens sont également mis en examen : le propriétaire de
l'Erika, Giuseppe Savarese et Antonio Pollara de la société Panship
chargée de la gestion technique du navire. Dans le même temps des
associations écologistes dont Bretagne Vivante/ SEPNB menacent de
poursuivre Totalfina en justice. Des organisations non gouvernementales
lancent une campagne auprès de l'opinion pour obtenir un renforcement
du droit maritime de l'Union Européenne. La France inscrit ce point à
l'ordre du jour des négociations qui auront lieu pendant sa Présidence
à l'Union Européenne.
Réouverture
progressive des parcs conchylicoles
Ifremer
continue ses prélèvements mensuels, voire bi-mensuels dans les zones
conchylicoles. Les analyses sous-traitées à un laboratoire chimique de
Rouen mettent en évidence des taux de contamination de moins en moins
élevés. Petit à petit les préfectures des régions littorales décident
la réouverture des parcs. Certaines zones comme Le Croisic restent
cependant très contaminées.
Préparation
du Pompage du fioul de l'Erika
C'est
Totalfina qui coordonne les opérations de pompage du fioul de l'Erika
situé à 70 km des côtes du sud Finistère. Le pompage est prévu pour
le début juillet et devrait durer jusqu'en septembre. Des plongeurs et
des robots sous-marins vont tout d'abord installer des modules de
pompage et des valves de sécurité sur les deux parties de l'épave qui
gît par 120 m de fond; 200 hommes dont 18 plongeurs ainsi que 7 navires
de support de travaux seront mobilisés pour l'opération dont le coût
se monte à 500 millions de francs. Celui-ci sera pris en charge par
Total Fina.
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