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Mesdames et Messieurs,
Ici, à Nantes, ville
tournée vers l'océan, je souhaite évoquer aussi la sécurité
maritime. C'est un domaine où le respect du principe de la
responsabilité écologique est hélas bien loin d'être acquis.
Nous ne pouvons pas nous résigner
aux vagues de pollutions successives qui souillent notre littoral
atlantique. Après le désastre de l'Erika, nous avons connu, il y a
quelques semaines, celui du Prestige, dont nous continuons à subir
les conséquences.
Le Gouvernement a mis en
place rapidement tous les moyens à sa disposition pour faire face à
cette crise, y compris les moyens militaires. Les élus, les membres
des forces armées, les spécialistes de la sécurité civile, les
agents communaux, les pêcheurs, les bénévoles se sont mobilisés
avec une efficacité remarquable pour nettoyer la mer et les plages.
Je rends hommage à leur engagement, à leur travail, à leur courage.
Mais un naufrage comme
celui du Prestige n'est pas la conséquence inévitable d'un événement
de mer imprévisible. C'est bien le fruit de la négligence, du vide
juridique et d'une quête effrénée du profit où les risques écologiques
et humains sont systématiquement ignorés.
Il est plus que temps de
mettre fin à cette dilution des responsabilités.
Je partage en particulier
les préoccupations exprimées récemment par la Charte des Elus du
littoral nord, Manche et Atlantique contre les marées noires, adoptée
le 20 janvier dernier.
Au niveau national, la
France a maintenant pris toutes les dispositions pour qu'au moins un
navire sur quatre qui s'arrêtent dans nos ports soient contrôlés,
comme l'exigent les accords internationaux. Il y a un peu plus d'un
an, un navire sur dix seulement était vérifié. Il a été mis fin
à ce retard : personne ne doit plus pouvoir faire le pari qu'en
France, il passera entre les mailles du filet.
Sur mes instructions, la
marine nationale intervient désormais au-delà des eaux territoriales
pour empêcher les navires-poubelles de s'approcher à moins de 200
miles de nos côtes. Ces mesures radicales ont déjà permis de contrôler
et, dans certains cas de dérouter, plusieurs dizaines de navires.
Nous continuerons à les appliquer en coordination étroite avec nos
partenaires notamment espagnols et portugais. L'établissement d'une
zone de protection écologique en Méditerranée, que je souhaite très
prochaine, nous permettra également de surveiller efficacement cette
mer qui est une mer très fragile.
Les actions nationales
doivent évidemment être relayées à l'échelle de l'Europe. La
Commission européenne a fait preuve, dans cette crise, d'un esprit
d'initiative et de solidarité que je tiens à saluer.
Des mesures importantes
ont été adoptées notamment à la demande de la France à la suite
du naufrage de l'Erika. Certaines ne sont toujours pas mises en
oeuvre. Il faut accélérer le calendrier.
L'installation de l'Agence
européenne de Sécurité maritime est urgente. Son rôle sera déterminant
pour assurer un contrôle homogène dans l'ensemble des pays de
l'Union européenne et pour surveiller les sociétés de
classification. Et, vous le savez, le Gouvernement et moi-même défendons
avec force la candidature de Nantes au siège de cette Agence.
Nous avons besoin, en
Europe, d'un authentique système de responsabilité, y compris sur le
plan pénal. A ma demande, la Commission s'est engagée au Sommet de
Copenhague à proposer un texte, dans la perspective du Conseil européen
de mars prochain.
L'Europe doit aussi
renforcer ses moyens techniques pour traiter les marées noires. Un
chantier naval, tout proche d'ici, propose des solutions dignes d'intérêt
pour le pompage en mer. Ces moyens nouveaux ne doivent pas être entièrement
à la charge des contribuables européens. Des solutions de
financement innovantes devront être trouvées, en appliquant le
principe pollueur-payeur.
Enfin, il faut agir au
niveau mondial et faire en sorte qu'aucun Etat ne se fasse complice de
la pollution maritime. Le principe de liberté des mers doit être équilibré
par le principe de responsabilité en mer. Dans le cadre de sa présidence
du G8, la France proposera, avec l'Allemagne, une initiative sur la sécurité
maritime.
Les responsabilités de
l'Etat du pavillon doivent être aussi mieux définies. Il n'est pas
acceptable que cet Etat puisse déléguer tous les contrôles des
navires à des sociétés qui ne résident pas sur son territoire.
Je souhaite que soit également
prévue une augmentation très significative du plafond des
indemnisations, au-delà de l'augmentation décidée pour la fin de
l'année, qui a été obtenue par la France après l'Erika. Cette
hausse doit concerner à la fois les armateurs et les affréteurs.
Elle doit inclure le dédommagement des dégâts écologiques. Elle
aura un effet préventif certain, parce que l'assureur y regardera à
deux fois avant de s'engager sur un navire.
Mais surtout, cette hausse
permettra de dégager des sommes suffisantes pour réparer les dégâts
et les préjudices souvent considérables. Le système actuel de
remboursement par le FIPOL est en effet trop long et il est injuste,
car il reste partiel.
Si l'Organisation maritime
internationale n'adopte pas rapidement ces dispositions relatives aux
indemnisations, l'Europe devra mettre en place son propre système
complémentaire pour responsabiliser à la fois les armateurs et les
affréteurs.
Et si cette organisation
n'est pas capable de combattre efficacement l'irresponsabilité écologique
sur les mers, alors il faudra réformer complètement l'organisation.
Tout ceci ne doit
naturellement pas nous faire oublier que les accidents maritimes ne
représentent qu'une petite part des pollutions du milieu marin. Ces
pollutions proviennent surtout des dégazages sauvages et des
substances toxiques rejetées par nos fleuves.
Pour pouvoir intensifier
les contrôles en repérant plus sûrement les fautifs, je souhaite
que soit développée rapidement la détection des dégazages par
satellite. Elle est aujourd'hui possible. Il faut la mettre
juridiquement en oeuvre et techniquement.
Quant à la pollution
charriée par nos cours d'eau, le phénomène des marées vertes nous
permet d'en prendre la mesure. Le projet de loi sur l'eau, que vous préparez,
Madame la Ministre, dans un grand esprit de concertation, devrait nous
permettre de faire reculer ces atteintes de plus en plus graves à
l'environnement.
*
Mesdames, Messieurs,
La Charte de
l'environnement va élargir nos responsabilités individuelles et
collectives. C'est un tournant majeur pour notre modèle de développement.
Cette étape, chacun doit s'y préparer en prenant conscience des
exigences nouvelles qui s'imposent à nous.
En étant parmi les
premiers pays du monde à inscrire parmi nos droits fondamentaux les
principes du développement durable, nous nous créerons sans doute
des exigences que les autres n'ont pas encore. Mais ils y viendront nécessairement,
car cet impératif s'impose à tous et s'imposera à tous. Et nous
aurons alors pris une avance qui sera pour nous un avantage
incomparable dans la compétition internationale. Nous posséderons
les savoir-faire et les technologies de l'avenir. Nous expérimenterons,
les premiers, des modes de production qui s'exporteront partout dans
le monde. Et nous maintiendrons ainsi l'une des marques distinctives
de l'économie française : sa capacité d'innover et de développer
des services à haute valeur ajoutée.
Les pays qui se seront
engagés tôt dans une politique de développement durable détiendront
à coup sûr des clés essentielles pour l'avenir. C'est ce qui
justifie aussi la stratégie nationale de développement durable que
nous élaborons. L'engagement des Françaises et des Français dans
cette voie se traduira non seulement en termes de qualité de vie mais
aussi en termes de croissance et de revenus.
En accueillant cette année
à Evian les huit pays les plus industrialisés, la France témoignera
de l'universalité de l'impératif écologique. Elle proposera à ses
partenaires deux initiatives, l'une sur l'économie responsable et
l'autre, que j'avais annoncée à Johannesburg, sur la contribution
des sciences au développement durable.
Pour renforcer notre
diplomatie environnementale, pour obtenir des avancées de la part des
autres pays, et en particulier leur adhésion au projet de création
d'une Organisation mondiale de l'environnement, l'adoption de notre
Charte constituera un atout essentiel. Elle fera de la France un pays
exemplaire, mettant ses actes en accord avec sa parole.
Je souhaite à vos travaux
un plein succès car ils sont la condition d'un débat national qui
prendra en compte toutes les sensibilités. Je serai, soyez en sûrs,
très attentif à vos conclusions.
Je vous remercie.
Vive la République,
Et vive la France.
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